L’Amante

Je l’aime aimante et soumise, son ventre palpite sous mes doigts

Et sa bouche offerte me ramène à la réalité

Car chaque nuit, elle me quitte enveloppée dans son gazar bleu nuit

Je la regarde partir après minuit sans un regard vers moi

Au fond je suis jaloux des soldats qui croisent son chemin et des sourires qu’elle pourrait leur offrir

Je devrais la garder près de moi

L’amante, mon amante, ma femme illégitime, mon épouse d’apparat ma guerrière

Un jour tu me laisseras et de mes tourments tu te lasseras

Au fond, je ne suis qu’un lâche, je ne peux pas fixer ton regard rempli de dédain

Le vent souffle dehors, il n’est pas aussi froid que toi

Il emporte avec lui ton parfum, ton rire,

Reste encore

 

©Bouchra Abdelkahhar

L’absolu

Je cherche l’absolu

Je suis convaincu

J’ai demandé à la violence, elle m’a demandé si c’était urgent

Alors j’ai questionné l’horreur, elle m’a dit qu’il n’y avait rien à en dire

Le malheur quant à lui soupira, tu as peur ?

Non ! Répondis-je je reprends mon labeur

Je suis dans ton cœur chuchota l’absolu

J’ai creusé des sillons

J’avais mes raisons

Je risquais la pendaison

Car parfois je fais peur

Je nage dans les marées

Et j’effraie les cœurs

Fragiles faits d’argile

J’ai concocté un élixir

Tu y trouveras ton plaisir

Je veux le feu qui t’émeut

Pas celui des dieux

J’exige aux typhons de t’emporter

J’ordonne à l’Océan de t’emmener

Je supplie l’Océanie de te guérir

J’ensorcelle les sorciers vaudou pour qu’ils amadouent ton cou

Je ne suis pas fou je suis l’absolu

Il m’a connu lui le vieux loup

Mais je l’ai vaincu un soir de pleine lune

Je ne le crois plus

Mais toi tu y as cru

Regardes-moi ! Je suis au fond de toi

 

©Bouchra Abdelkahhar

 

Les loups

Vous vous souviendrez de moi quand en silence j’avancerai dans la salle chargée d’ornements.

Je m’approcherai devant le tribunal en titubant afin de répondre de mes actes

J’ai fait la guerre là où la terre devient rouge sous la tourmente, j’ai pillé des jarres remplies de pierres précieuses, et puis j’ai déserté le champ de bataille, j’ai fui

J’ai parcouru bien des mers, traversé des glaciers

L’air était si doux sous la corne d’Érythrée

Je suis vieux

Je ne suis pas un prédateur

De quoi avez-vous donc peur ?

De mes canines ?

Elles sont en argile

De mes griffes ?

Sur la soie elles glissent

De mes yeux ?

Ils ont vu mille feux

Messieurs les jurés acquittez-moi

Je suis las et c’est épuisé que la nuit m’accueille et comme toujours je rejoins ma meute en trottinant

Toujours la même et fidèle

Et toi ma belle dès l’oraison funèbre seras-tu là ?

Toi qui m’as été fidèle malgré mes grognements et mes silences

Porte-moi haut !

Débarrasse-moi du fardeau de cette douleur

Te souviens-tu quand tu effleurais mon pauvre front

Tu te disais capable d’effacer mes tourments

Tes mains chaudes soignaient les plaies ouvertes de mon âme

Dis leur que je ne fais pas peur

Je ne suis pas un menteur

Je ne sais que traduire le souffle des vents

J’ai froid

Ne me laisse pas mourir seul.

©Bouchra Abdelkahhar

 

Monumental

J’ai envie de vous dévorer

Laissez-moi vous dévorer

De toutes les façons je vous dévorerai

J’ai vu ce con de Poséidon

Il se baladait après minuit

Il déambulait entre les arcades de la Place des Vosges

Il ne m’a même pas remarqué

Pourtant je le suivais de près

Il ne s’est même pas retourné

Pourtant je n’avais rien à lui avouer

Je me suis arrêté

et je me suis souvenu

Je me suis souvenu

Que je vous ai aimé

J’ai dévoré des fragments de souvenirs

Des morceaux de vos rires

Des miettes de vos larmes

Pour vous oublier

Dévorez-moi ! Dévorez-moi encore

 

Ecrit : 28/04/08

©Bouchra Abdelkahhar