Forgetting Malik Oussekine

 

 

Je marche sans but dans le quartier Latin

J’aime bien

Je ne pense à rien

J’aime bien

Et puis

Et puis je l’ai rencontré, par hasard

Rue Racine

Rue insignifiante jusqu’à présent

On s’est regardés

Enfin c’est moi qui le regardais

Et il me dit

« Bon alors !

Je suis désolée je passais par là je ne pensais pas vous croiser

Je ne voulais pas vous oublier je ne sais pas pourquoi

Pourtant je ne vous connais pas, enfin si un peu

C’est vrai ce qu’on raconte, (j’hésite)

Quoi (il s’amuse)

On dit que vous êtes scabreux et……

Et….. (Il devient cynique)

Et que vous vouliez devenir catholique c’est vrai ça ?

Il éclata de rire

Il ne faut pas croire ce qu’on raconte ma petite, toi tu lis Voilà

Je bredouillais que non, je lui explique que je suis en train de lire On the Road et que ……

Il a raison ton frère t’es vraiment pipole (il se met à rire)

Quoi mon frère (le ton monte) t’es bien comme lui tiens, toujours à me juger, me harceler, m’énerver, m’étouffer, oui c’est vrai je lis Voilà et alors tu connais Gainsbourg ?

Bien oui,  comme tout le monde je brûle des billets de banque pourquoi répondit-il moqueur

Gainsbourg a dit : la connerie c’est la décontraction de l’intelligence

Ah oui (il sembla réfléchir) il a dit ça et alors ?

Ben rien ça me repose c’est tout

Il reprit son sérieux : Mais ça ne me dit pas ce que tu veux ? »

J’étais  mal à l’aise, c’est vrai qu’est ce que je lui veux au fond

Alors je lui ai raconté mon histoire

Je lui ai raconté comment le sang bouillonnait en moi quand un cortège de lycéens passa devant la grille du collège Molière où j’étais élève , j’avais envie de les rejoindre pour manifester contre les lois Devaquet, mais la conseillère d’éducation restait plantée devant la grille pour éviter des débordements sans doute , et aussi  combien j’étais triste d’être en 6e alors que j’aurais dû être en 5e ou en 4e je ne sais plus car j’avais déjà redoublé 2 fois en primaire et enfin je lui racontais mon malheur d’être née dans une ville que je hais par-dessus tout et que mon frère oui mon frère je le haïssais aussi.

Je lui racontais qu’en fait je ne le connaissais pas mais on m’avait beaucoup parlé de lui, je lui racontais que les trentenaires ne l’avaient pas oublié, et enfin je lui avouais que son nom me hante car j’aurais voulu être là cette nuit  pour hurler afin que ces coups qui voltigeaient  cessent et que pour tout ces trentenaires  son nom est devenu un symbole, et qu’il suffit de l’évoquer pour ranimer une vive émotion.

Alors il se moqua de mon émotion, de ma naïveté, de moi,  pour m’énerver il me dit qu’il aimait bien mon frère. L’espace d’un instant nous nous regardâmes droit dans les yeux.

Il m’avoua qu’il n’avait jamais lu les romans de Kerouac et qu’il regrettait.

J’ai oublié cette plaque qui lui rends hommage cependant je sens que je revis depuis…

©Bouchra Abdelkahhar

 

L’Amazone

 

 

Elle marche très vite dans la rue

Ses talons font trembler le bitume

A elle seule, c’est un tourbillon

Le genre de fille qui vous  amuse

Parfum, satin, elle ne laisse rien au hasard

Et elle vous regarde dans les yeux  avec ce petit air dédaigneux

C’est qu’elle vous connait mieux

Sa jupe virevolte au rythme de ses pas

C’est une Chanel vous dit-elle avec une naïveté déconcertante

Croise et décroise les jambes

Déjà elle s’impatiente

Elle garde un répertoire de ses malheurs

Surtout pas les hommes mariés vous dit-elle

Avec ses cheveux qu’elle balaie d’un  coup sec

Elle en a provoqué des tempêtes

Des jeunes, des trentenaires, des vieux et même plus vieux

Fume cigarette sur cigarette

Boit du whisky

La nuit n’a même pas commencé

L’amazone the girl next door

 

©Bouchra Abdelkahhar

 

Gibraltar

 

 

Ne me parle pas de Gibraltar

Je l’ai rayé de la carte

Ne me parle pas de Gibraltar

Je m’en suis enfuie

Ne parle plus de Gibraltar

Je m’en fous

C’est trop proche si tu m’en parles

C’est loin si je n’y pense pas

Il y a des montagnes

Des geysers….Des geysers

Et des glaciers

Ne me parle plus de Gibraltar

 

©Bouchra Abdelkahhar

 

From Venus to Mars

 

 

From Venus to Mars I would probably dive in your eyes

No need angel powder

I got lost in your heart

No need meth

I heard it’s red and hot in Mars

Lucky I it’s getting cold in Venus

I was laid on the floor waiting for you

I caught your blue eyes

from Venus to Mars

I m wandering  and I lost you

Fantasize about you is my addiction

Fantasize about you

This is all I have

©Bouchra Abdelkahhar

Aux nues

 

 

Empruntons d’autres chemins

Et ceux déjà franchis

Evitons les sentiers battus

Les mots s’épuisent

Les expressions s’évanouissent

Isolons-nous de nous-mêmes

Isolons-nous de nos excès

Isolons-nous du souffle amer

Vous aviez des desseins mathématiques, je les ai déjoués

Mes mains enveloppent le vent, les marées dansent en rythme

En cadence,  Fa dièse, la voix prend la place qui lui revient

Aigue rauque soprano à demi-mot

Agrippés à des poteaux éclectiques

Arrosées par des éclats humides

Et je marche dans une prairie idéale

Que je déteste la Normandie !

 

©Bouchra Abdelkahhar

 

Mon verre

 

Quel délice

Comme elle glisse la douleur

Au fond de mon cœur

Se faufile

Egratigne

Elle est  dans ma peau cette douleur

Dans mon sang elle coule comme l’alcool

Dans un verre à flots et de travers

Elle passe et tourne et  fait des cercles circonflexes

Et elle creuse jusque dans mes artères

Je suis affaibli  par  cette douleur lancinante

Quel délice

Ce sourire

Ses volutes dans l’espace

Ses  hanches  que j’attrape dans mes rêves maudits

Mélancolique

Je suis un alcoolique

Je bois sa voix, ses seins, son rire, et ses mots puérils

Et j’imagine un supplice érotique où elle serait reine

A quoi bon elle s’en fiche, la douleur

Elle est perfide

Elle me mine

Je n’ai aucun répit

Elle me suit même quand je fuis

J’entends  le rire de mon exquise

Dans ce vin puissant

Quel délice

 

©Bouchra Abdelkahhar

Mon armée

 

 

J’ai entraîné une armée, elle est fière et armée

Prête à vaincre les méandres embrumés

Pendant les grosses marées, elle s’éloigne, elle se dresse volontaire

Mais quand la houle s’éloigne

Mon armée se replie par stratégie pour se lancer en embuscades

Contre des guerriers Massaï

Cachée sous un bouclier en bronze, mon armée avance d’un pas régulier

Sans un regard pour personne

Les dieux m’observent, mon armée doit vaincre

Bientôt sous un soleil de plomb

Elle croise un troupeau de mustangs

Le chef avance, il s’incline

Puis il laisse le passage à mon armée

Celle-ci reprend sa course assaillie par la peur et le doute

Car au loin elle entend le rire des Dieux

Ceux-ci doutent de mon équipage et de ma destinée, alors

Mon armée s’essouffle, ralentit oubliant le chemin tracé  par les Abbassides

Ainsi soit-il, il en est ainsi, une autre destinée attend mon armée

Il faut changer de stratégie puisque  celle-ci est prête à emprunter d’autres chemins

Aussi différents soient-ils, il faut faire vite

Une route menant à l’infini nous invite à la suivre

Là-bas en Océanie, j’établirai mon camp, les vents me guideront

Mon armée toujours aussi fière est un peu inquiète

Elle n’est pas habituée à nager dans les eaux profondes

 

©Bouchra Abdelkahhar