Le fruit ambigu

 

Il est des désirs simples et prévisibles

Des lignes distinctes

Des portes aux angles bien droits

Des vins fades

Des mots banals

Des teints blafards

Une lune dolente et soumise

Des portiques un peu bancals

C’est là c’est là que je l’ai cueilli

Un peu méfiante

Je l’ai soupesé examiné avec dédain

Je dois l’avouer

Il exhalait un parfum étrange

Je l’ai rejeté

Il avait l’air avarié

Cependant sa peau brillait

Avec des éclats particuliers

Je dois bien l’avouer

Alors je décidai de le garder

Qui sait

 

© Bouchra Abdelkahhar

Ecrit le 09/09/16

 

 

 

 

La muse

 

 

La belle, papillon vénéneux

Eternelle  et candide

Troublante et troublée

Fragile et bancal

Fort et idéal

Cruel et partial

Fragile et gracieux

Je t’observe toi

Toi et ta petite bouche arrogante

J’aimais bien tes désirs maladroits et binaires

Tes façons et tes préoccupations

Déteste-moi si tu veux

Va fuis donc

Je te retrouverai petit cabot

Mon petit cabot prévisible

Je te retrouve déjà

Au creux de cet entre-deux idoine

Que tu as façonné autour de toi et moi

Petit chameau

L’alchimie y fonctionnait bien pourtant

Hélas il n y a plus rien

Je t’aimais bien

Petite conne

 

© Bouchra Abdelkahhar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je préfère l’eau de la piscine aux eaux turquoises des Seychelles

 

Entre le ciel et la Terre

Ces particules étranges

Qui m’éclaboussent

Le métro arrive à quai

L’urbanité toute entière

M’enveloppe et me protège

Se dresse et m’accueille

Avec toute sa force et ses dédales

J’ai son odeur au creux des yeux

J’ai son bruit au fond de ma gorge

J’ai ses couleurs sur mes lèvres

Chaque fois que le rythme le permet

Je m’arrête je reprends

Je trace un espace suffisamment grand

Pour caler ma voix

Débarrassée de ses oripeaux embarrassants

Le métro arrive à quai

 

07/09/16

© Bouchra Abdelkahhar

 

New York

 

 

Je n’y pense pas

Tu m’as confié ton cœur

Pendant un moment

J’y ai pris soin

Je te l’ai rendu intact

J’y ai ajouté du musc pour le plaisir

J’y ai ajouté de la lavande contre ces douleurs lancinantes

J’y ai mis du cœur

En échange je t’ai confié le mien

Brillant et apaisé

Il peut se montrer circonspect

Tu t’en ai vite rendu compte

Ou alors imprévisible et fougueux

Tu l’as constaté à tes frais

J’y ai voyagé

Je voulais comparer sa nuit et la mienne

La ville est dense

Ses rues animées

Son ciel serein comme le mien

©Bouchra Abdelkahhar

 

 

 

Narcisse

 

Il y a des narcisses qui éclosent

Il y a des narcisses qui renaissent

La ville est belle

Sous ses lampadaires

Chaque jour je croise Paris

Qui seule m’inspire et me ramène

La seule à pouvoir m’émerveiller

Et ainsi me rappeler mon tempo

Je n’ai pas oublié d’arroser

Ma belle Narcisse

Qui se penche et se fatigue

Dès que je l’oublie

Ma liberté chérie

 

@Bouchra Abdelkahhar

Notte

 

La nuit, la nuit

 

L’écorce pourrie de la lune

 

Luit et vibre

 

Et me tient en éveil

 

Pour ne rien manquer

 

La nuit, la nuit

 

Des vagues immenses poussent

 

La Seine hors de son lit

 

De son lit déjà défait

 

Troublée par tant d’agitation et de divagations

 

Elle attend ne sachant que penser

 

La Lune perfide quant à elle a fui

 

Laissant le désordre à l’Aurore

 

L’Aurore, l’Aurore

 

Perlée de roses et d’embruns n’a quant à elle

 

Rien compris

 

 

 

Ecrit : 02/07/16

 

©Bouchra Abdelkahhar

 

Le Pacifique

Il est une île

Au milieu du Pacifique

Je l’aime cette île

Si vaste et troublante

Si minuscule, si imposante

Je peux l’atteindre au moyen de câbles électriques

Là je m’y noie

Parfois même j’y renais

Des êtres paradisiaques

Viennent y mouiller leurs embarcations

En file indienne

Dansent et ondulent avec grâce

Sur le sable qui s’évapore sous leurs pieds

D’ici je vois la Terre

D’ici je l’aperçois fidèle à lui-même

Nimbé de lumière et de stupre il m’observe

Ses yeux troublants et troublés à la fois

Je m’y déguise parfois

Je m’y suis abandonnée quelques fois

 

03/09/16

©Bouchra Abdelkahhar