La poésie est un sport de combat haletant

je cours, cours, cours, plus vite et mieux, j’agrandis ma zone de confort avec une foulée rapide et déployée. Mon souffle est régulier, je l’écoute.

Ma musique intérieure me porte pendant ma course longue, il m’arrive de courber les épaules mais cela ne dure jamais longtemps. Mes pensées s’évaporent comme l’ondée sur les péniches parquées sur les bords de la Seine. Je me sens plus légère car j’ai atteint une vitesse confortable. J’attrape au passage d’autres pensées ainsi qu’un rythme, un tempo, une rime, une mélodie, une note de musique, des éclats de voix mesurés et égrenés sur un accord parfait.

Je me sens libre, habitée par un désir fort et opiniâtre qui m’amène plus rapidement que prévu.

Qui m’amène plus rapidement que prévu sur mon chemin jonché d’obstacles…Ma zone de confort est là, je n’ai plus qu’à la débroussailler et l’élargir. Le danger est présent. C’est celui-là même qui me pousse à freiner et à ne rien faire. Celui-là même qui passe sur ces péniches étrangement calmes. Cependant mon crayon est fécond, la feuille blanche lisse, ma voix est prête, le temps bienveillant.

Pendant ce temps propice, aspirée et inspirée par des câbles, des sonorités électroniques. J’écris ma propre histoire, je m’invente et en même temps je me réapproprie ce que j’ai de plus cher…ma liberté chérie et mon P45.

Je suis à une période charnière de ma vie. Toutes mes certitudes ont volé en éclats, je les rattrape pour les utiliser comme des objets périssables.

J’ai terminé ma course, elle a duré 54 mn à 12km/H environ sur une distance de 10 km. Je peux faire mieux, je le sais. Cependant je me sens bien, en équilibre et beaucoup plus proche de moi.

 

©Bouchra Abdelkahhar

Ecrit le 17/10/16