Le glas

 

Quand sonne le glas

Un son assourdissant

Comme la tempête à Midi

Brisant au passage ce vent

Ce vent chimérique

Mystérieux et au fond

Très basique

J’ai cru boire ce fameux vin de Bohème

Ses larmes aussi fruitées

Que peuvent l’être les saisons

L’été l’Hiver

Deux années se sont écoulées

Comme une houle invincible

Et irrésistible comme l’aimant

Je compte les blessés parmi les soldats

Indemnes commotionnés la plupart

Du bruit du bruit et puis plus rien

Mise à part ce gong

Qui retentit dans ma tête

Bousculant ma torpeur

Ardente et vibrante

Je lève mon verre à la renaissance

Quitte à boire de la piquette !

 

©Bouchra Abdelkahhar

29/05/17

 

 

Vagues

 

J’ai convaincu le temps

J’ai persuadé le doute

Par intervalles

Elles arrivent et repartent

Me plongeant dans un émoi certain

J’ai intimidé la peur

J’ai fait taire le silence

J’ai soulagé ce bruit lancinant

Elles repartent à la charge

Me déshabillant au passage

De ma profonde quiétude

Tombée dans ce bain mystérieux

Je retrouve ma planche de salut

Sur laquelle je dérive

Je dérive encore un peu

 

 

©Bouchra Abdelkahhar

24/05/17

 

My King

 

 

S’il est un protocole

Ce serait celui qui

N’existe pas

S’il est une loi

Ce serait celle que l’on

N’applique pas

Si c’était ma loi elle serait sienne

Magnanime je redistribuerai

L’impôt

S’il est un vent se serait une brise

Si si la sol ré

Si j’étais un baiser

Il serait fougueux

Si c’était un chevalier

Il serait preux

Et si c’était à refaire

Alors

Plutôt deux fois qu’une

 

 

©Bouchra Abdelkahhar

22/05/17

Oh ! Toulouse

 

Des foulées plus lentes

Le long des berges de Seine

Celle-ci frise à peine

A mon passage

L’eau est claire

Trouble par endroits

La tessiture de sa voix

Maladroite par endroits

Incroyablement calme

La Seine aujourd’hui

Est étonnement calme

Commence un dialogue

Avec un ton péremptoire

Le Soleil brille

Un peu

Que dis-je !

 

©Bouchra Abdelkahhar

22/05/17

L’exception française

 

Exalté

Contradictoire

Arrogant

La rue des Francs-Bourgeois

Un verre de Brouilly

Au comptoir du Flore

Dans un rad à Pigalle

A deux heures du mat’

Les repas interminables

Les dimanches en famille

La  Normandie

Les engueulades après le gigot

Sur Brigitte et les 35 heures

Les bobos

Les tourlos

Les magasins bios

Le chauffeur de taxi et ses propos polémiques

Mélancolique romantique

Balade son spleen dans les couloirs du métro

Les fromages qui puent

Provincial

Boulevard des Capucines

Gerard Fromanger

Art de vivre

Nique la police

L’art de la rhétorique

La France aux Français

Et ta sœur ?

 

©Bouchra Abdelkahhar

10/05/17

La République

 

 

 On m’oublie parfois
On me néglige souvent
Forgée à l’argile
A la dérive sur un radeau
Puis jetée aux pieds de Zeus
Auquel j’imposais ma puissance
Ma puissance et mes prérogatives
Je devins le bien commun
Par la force de Prométhée
Depuis je suis immortelle

©Bouchra Abdelkahhar
09/05/17

 

L’amant

 

Comme ces étés naissants
Fort et arrogant
Je bats les herbes hautes
Sauvage et nu-pieds
D’une main je replace une ronce
Délicatement dans son endroit
Je l’ai toisé sans mot dire
Dans ces lieux où l’air est vicié
Une énergie idoine se diffuse malgré tout
Entre nos deux êtres troublés
De s’être rencontrés dans ces espaces altérés
Qu’à présent je domine
Il quitte la pièce bruyante
Ne me laissant jamais sans réponse
Il me quitte
Qu’à moitié

©Bouchra Abdelkahhar
07/05/17

 

 

Les deux aveugles

 

Marchant d’un pas leste et souple

Ils se tenaient par la main

Si fort

Qu’on percevait une lueur

Une lueur brillante

Entre les paumes de leurs mains

Chacun prenant soin de l’autre

S’apprêtant à traverser le creux de leur nuit

Dans cette nuit détachée

Ils chuchotaient

J’entendais le bruissement de leur langue

D’où j’étais à l’opposé de leur rame

Bien à eux

Bien à eux étaient leur nuit

Une nuit si douce et si perceptible

Que j’en fus touchée

 

 ©Bouchra Abdelkahhar

04/04/17